Pic de Hourgade, 2964m, par le vallon d'Ourtiga
Pic de Hourgade et Lac NèreVersant Louron, tout au fond du Val d'Aubé, une piste construite par EDF en vue de desservir une prise d'eau plus en amont, court parallèle au torrent. Elle est fermée à la circulation, et cadenassée, mais elle constitue néanmoins un boulevard pour l'approche.
On peut aussi rejoindre le haut du Val d'Aubé depuis le restaurant d'altitude de la station de Peyresourde. Bien. On skie toute la journée et l'on descend à la cabane en fin d'après-midi le samedi. Le dimanche après-midi, après la course, il faut faire la route en sens inverse dans des pentes d'herbe plein sud qui coulent fréquemment. Cette solution, par Peyresourde, est acceptable seulement en conditions de neige très sûres.
On pourrait être tenté de cheminer au départ de Germ au voisinage de l'itinéraire du GR10 : trop long, uniquement en traversée, une ou deux ravines à franchir, pentes susceptibles de se purger.
Un petit ruisseau coule devant la porte de la cabane d'Ourtiga. Un nouveau faîtage de zinc à été posé et les ardoises endommagées remplacées. À l'intérieur, du bois neuf pour une table, deux bancs et une échelle de coupée à poste pour monter dormir sur le plancher de l'étage. J'allume la cheminée... elle tire à la perfection. Idéal pour six personnes disposées à passer une bonne soirée montagnarde.
Dans les prairies alentour de la cabane, dix chevreuils - ce cervidé avec une tâche blanche au derrière - paissent paisiblement l'herbe grasse du printemps. Plus haut, en arc de cercle devant moi, une, deux, trois, quatre, cinq et six pentes susceptibles d'être skiées dont celle conduisant au Pic de Hourgade. Jusqu'au soir, le site tout entier baigne dans de sublimes lumières. Je recompte sans cesse les chevreuils, dix... puis neuf, puis huit seulement ; la pénombre s'avançant les efface un à un du paysage lequel finit lui-même par disparaître.
Pour l'ascension du Hourgade depuis Ourtiga, l'ambiance se durcit. L'accès aux lacs de Nère est sévèrement défendu. Depuis la cabane, ça ne fait pas évidence. Il faut aller voir au plus près. Je monterai par la droite et redescendrai par la gauche.
Le plus simple est de s'engager sur l'épaule de gauche (rive droite) pourvu que la petite cascade qui coule au-dessus ne glace pas le passage. Dans ce cas, il faudrait faire une tentative par l'épaule de droite (rive gauche), pas plus raide, mais beaucoup plus longue et fuyante sur des affleurements rocheux impressionnants. Ultime possibilité : passer à pied dans la gorge centrale si elle est comblée de neige. Très étroite, elle ne saurait être skiée, ni à la montée, ni à la descente.
Le grand lac de Nère se contourne d'abord par la gauche, puis on revient sur la droite par une longue traversée ascendante dans de nouvelles pentes difficiles en direction d'un col. Il ouvre le passage vers la pyramide terminale.
Il faut encore cheminer au mieux dans les dernières pentes, toujours raides, mais peu exposées. On déchausse 10 m sous le sommet. Court final à pied. Nord Nère, 2844m, par le vallon d'Ourtiga.
Alors que je redescends les pentes du Hourgade, deux skieurs viennent à ma rencontre. Ils sont partis d'en bas, ont porté les skis pas mal et sont manifestement un peu en retard sur l'horaire pour faire le sommet : ils auront neige trop ramollie sur le peu de descente que la saison, très avancée, autorise encore.
Mais à l'instant du bonjour courtois que les skieurs de montagne échangent généralement, c'est la surprise. Je les connais tous deux. Nous avons partagé presque toutes nos sorties voici quelques années en arrière. Mais nous ne parlons que d'une, ce raid mémorable entre Batlaïtous et Vignemale où nous avions marché en crampons, et donc porté les skis, toute la semaine sur une montagne couverte de glace lisse et luisante.
Nous évoquons à peine le Hourgade, mais ils me désignent du doigt le Nord Nère. Depuis la cabane d'Ourtiga, il faut monter au Pas de Couret. De là, un vallon orienté Nord conduit skis au pied au sommet. Évident, facile et encore très beau.
Notre dernière rencontre, c'était au tunnel de Bielsa, il y a quatre ou cinq ans. Vil-Py faisait le Pic de Bataillance ce jour-là et Gérard s'était détruit le genou au dernier virage, juste devant la voiture. Au moment où nous confions à Dieu de nous rencontrer à nouveau à la montagne, les voici encore un peu plus en retard sur l'horaire pour le Hourgade.



