Les débuts du canyoning à VilPy
Le canyoning à Villefranche-Pyrénées se limitait jusqu'alors à la seule descente du Rio Vero qui a occupé les deux dernières étapes de la Traversée des Pyrénées en 1995 ; sur un itinéraire qui présentait pour toute difficulté quelques passages de nage. Le séjour de ce mois d'août s'est clôturé par la descente du Barranco de la Portiacha, que l'on peut résumer à deux rappels en fil d'araignée, l'un de 27 et l'autre de 33 mètres :
La Portiacha
La Portiacha, le Sarratanas (descendu deux fois), le Malpaso, le Basender et l'Argatin ne manquaient pas d'envergure et ils ont été parcourus sans grand encombre du fait de la parfaite progressivité des difficultés rencontrées. Toutefois, le niveau global de l'équipe reste modeste, et les ambitions ont été réduites à hauteur du matériel disponible. Il n'a été fait usage que du matériel d'alpinisme du club, aucun achat spécifique n'ayant été envisagé.
Onze personnes ont participé au dimanche de préparation canyon, dix ont fait le voyage de la Sierra de Guara quelques jours plus tard. D'autres ont indiqué l'intérêt qu'ils accordent à cette discipline.
Il paraît utile de conduire une réflexion collective pour déterminer ensemble le devenir du canyoning au sein de Villefranche-Pyrénées. Cette réflexion doit être conduite à l'intérieur du club, certes, mais elle doit aussi s'enrichir de l'extérieur. On trouve de nombreuses publications qui s'y consacrent : les revues montagne évoquent le sujet fréquemment, la fédération propose un cursus de formation conduisant à un monitorat. Par ailleurs, des contacts sont pris avec d'autres groupes, l'un à Decazeville (on a partagé les cordes dans le Barranco de la Portiacha), l'autre dans le villefranchois-même qui devrait aboutir à une sortie riche d'enseignements au printemps prochain.
PRÉPA CANYON
Le 4 août, la séance s'est prolongée sur une dizaine d'heures. Elle a débuté grâce au secours d'un escabeau pour élever les élèves à 1,5 mètre du sol, permettant ainsi au pédagogue de service de conserver le contact avec son élève pour conduire l'exercice. Ont suivi des rappels avec arrivée dans l'eau, au Gourgassiès, dont l'un d'une hauteur de 16 mètres. Un fil d'araignée a été pratiqué depuis le Pont du Cayla avec arrivée aquatique.
Un franchissement de siphon, modeste mais bel et bien plein d'eau, a clôturé la journée sur ce même site.
Toutes les personnes présentes (11) ont participé à tous les ateliers.
Les garçons ont bénéficié d'une séance supplémentaire, quelques jours plus tard.
Cette préparation était calibrée pour permettre à tous, y compris ceux issus du niveau zéro, d'arriver avec une aisance suffisante pour aborder les canyons de Guara. Le Barranco de la Portiacha, plus engagé par le seul fait de ses deux rappels surplombants de 30 mètres était considéré comme optionnel. Tous l'ont parcouru.
À chaque canyon, correspond un niveau de compétence en deçà duquel la prise de risque est objective. Pour le Rio Vero, il suffit de savoir bien nager ou de s'équiper de bouées. Pour les rappels de 50 mètres sous cascade, il faut être très qualifié et très autonome dans les manœuvres de corde.
Les compétences nécessaires à la pratique du canyoning sont essentiellement techniques. Les formations préalables doivent être multipliées pour permettre l'assimilation de ces compétences.
Nul n'imagine de couvrir 720 kilomètres aller-retour pour apprendre à passer la corde dans un descendeur. Les apprentissages doivent, nous en sommes convaincus, se faire dans le villefranchois, le dimanche après-midi, de sorte que les équipes en partance pour les grands spots du canyoning soient au niveau de la course dans laquelle ils s'engagent.
EAU VIVE
Le point où les compétences de notre club sont les plus réduites. La véritable difficulté des terrains en eau vive, c'est d'évaluer si on peut y aller ou non (un peu comme pour l'avalanche). Les pièges sont dans l'eau, mais aussi sous les cascades lesquelles exigent une technicité très avancée dans les manœuvres de cordes. On pourrait pratiquer encore longtemps des canyons sans débit, mais on doit s'attendre à des demandes pressantes pour les canyons aquatiques, en particulier du côté de notre jeunesse. L'eau devra être abordée avec beaucoup de précautions et de progressivité et cet aspect de la discipline justifie peut-être à lui seul une formation canyon pour une personne du club. À la Sierra de Guara, hors les manœuvres de sac pour épargner les appareils photo, la douche un peu trop chaude quand on tourne le robinet à fond (et Rémi qui ne s'enthousiasme pas pour la vaisselle), aucun problème d'eau ne s'est posé pendant notre séjour.
FORMATION
La FFME propose un cursus de formation conduisant au monitorat. Elle se compose d'un stage de six jours intitulé "Unité de formation canyon", puis du stage "Formation moniteur canyon", de six jours lui aussi et conduisant à la délivrance du brevet.
À noter la relative sévérité avec laquelle la fédération considère le canyonnisme. Pour toutes les autres disciplines, il existe un brevet intermédiaire au monitorat : le brevet d'initiateur. Dans le cas présent, l'Unité de formation canyon ne conduit à la délivrance d'aucun diplôme ; elle confère seulement le droit de participer au stage moniteur.
VALEUR PÉDAGOGIQUE
Le canyoning en appelle beaucoup à la technique, et cet effort technique est très bien accepté des pratiquants parce qu'il est la seule manière concrète de répondre à leur enthousiasme. Le canyoning est une opportunité rêvée pour accroître le niveau technique d'un club de montagne. Le niveau canyoning de Villefranche-Pyrénées reste modeste, mais il a déjà monté. Au dernier jour, à peu près tout le monde équipait les rappels, descendait en tête, contrôlait le brélage de l'autre, assurait d'en bas, etc, y compris parmi les jeunes.
Jean-Pierre Lafon



